La Maud La Maud

- Fashion – Music – Photography -

- LIFTBOI –

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L.M.L.M.

- HENRI WESSEL –

Wessel découvre la photographie à 25 ans. Un soir, il demande à sa petite amie s’il peut tirer quelques clichés d’elle. "C’était en fin de journée, le soleil était bas. J’ai rempli le cadre de son visage et fait quelques clichés, se souvient-il. Nous avons fait une impression sur papier 11 x 14 pouces et lorsque la première copie est venue dans le bac j’étais abasourdi.  Son visage ne formait qu’un avec la lumière du soleil, les détails ressortaient presque un à un, c’était incroyablement réel. C’est tout. C’était comme quelque chose qui tombait du ciel . J’ai su tout de suite ce que je ferais toute ma vie. Le lendemain, j’ai vendu ma moto, acheté un appareil photo, et trois mois plus tard , nous avons ouvert un studio de portrait . Ce fut le début de tout. "

Ses clichés sont une célébration de la vie. Des faits ordinaires qui deviennent à travers son regard surréalistes.

HenryWessel_Tucson_1977-e1307219531224Henri WesselHenryWessel_VeniceCalifornia_1973-e1307219923342Henry Wessel IncidentsHenreyWessel_Oklahoma_1975-e1307220493221Henry Wessel, %22Bolinas, California%22 (1973)Albuquerque, New Mexico, 1968, Henry WesselHenryWessel_Waikiki_1985-e1307220052154Henry Wessel, Incidents No. 27

 

À mon cuicui – L.M.L.M.

- ANDERS PETERSEN –

LE RÉALISME CRU D’ANDERS PETERSEN

Comme beaucoup de photographes, Anders Petersen est un homme peu démonstratif, presque timide, mais qui aime être proche des gens. Il lui faut parfois des mois pour pénétrer l’intimité de ceux dont il veut tirer le portrait. Toujours en noir et blanc, avec sympathie, de très près (avec un 35 mm). Il approche ses sujets prudemment, s’installant en prison, à l’hospice ou encore au Café Lehmitz de Hambourg, du nom du reportage de 1969 qui a fait sa renommée. Il parle à ces gens, les interroge. «Je pose au fond toujours la même question : qui êtes-vous ? On peut la poser de différente manière, par exemple : quel est votre premier souvenir ?»

Sa vision du monde est rude, fulgurante et tranchante : Anders Petersen se tourne vers le réel et l’affronte par l’intermédiaire de ses photographies. Le photographe attend d’être surpris par l’imprévisible.

Rétrospective de l’exposition d’Anders Petersen qui avait lieu à la Bibliothèque Nationale de France du 13 novembre au 2 février 2014

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Pour Anders Petersen, photographier est une manière de tracer le chemin de sa vie. L’artiste cultive l’empathie pour les personnes ordinaires, abîmées par la vie. Il réunit sensualité, passion et violence dans ses travaux.

L.M.L.M.

 

- MATRIARCHE –

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Un braquage tourne mal, une fusillade éclate… Dans un parloir de prison, le face à face entre une mère et son fils va permettre d’éclairer les événements passés…

EN TÊTE À TÊTE AVEC GUILLAUME PIERRET

1. Comment en es-tu venu à la réalisation ?

Réaliser des films, c’est une obsession que je me traîne depuis mes 10 ans, depuis que j’ai vu Jurassic Park en salles. Pourtant, j’avais 21 ans la première fois que j’ai tenu un camescope. On peut donc considérer que je m’y suis mis sur le tard ! Je ne sais pas ce qui m’a retenu jusque-là… Peut-être parce que lorsque j’étais ado, j’avais trop de certitudes, le sentiment que si on me filait directement 100 millions de dollars, je pourrais moi aussi réaliser un blockbuster culte. La phase d’apprentissage me paraissait superflue et abstraite, je voulais directement faire un Star Wars ou rien… Quelques années plus tard, durant l’ère post-Matrix, je me gavais de films de baston. Mon meilleur pote (Rémi Leautier) faisait du kung-fu, et voulait faire des films aussi. On s’est dit « on a des potes qui savent se battre, on a un camescope, tournons ». Et nous voilà partis filmer des combats dans les bois ! Résultat pourri, mais on était fiers de nous. Depuis, Rémi a produit et joué dans tous mes courts.

2. Qu’est-ce qui t’attire dans cet univers ?

A la base, seul le rendu m’intéressait. Voir des trucs spectaculaires à l’écran, faire le sale gosse, casser des jouets de plus en plus gros… Ça n’a pas trop changé. Mais avec le temps, tout ce qui se passe derrière la caméra me fascine de plus en plus. Le processus de fabrication, le fait de bosser en équipe, de fédérer des gens, de voir le film prendre vie au fur et à mesure. Un peu l’impression de faire partie d’une entreprise d’artisanat, dans laquelle   tous les collègues seraient des potes avec le même objectif que moi.

3. Quelles sont tes références dans ce domaine ?

J’ai un idéal de cinéma, qui me fait rêver, incarné par les Spielberg, Del Toro, McTiernan, Cameron et cie. Mais jusqu’à présent, je me suis servi d’influences plus directes pour mes propres réalisations. Comme par exemple les films de Paul Greengrass, qui semblent filmés sur le vif, ou encore la série The shield… Mais petit à petit, même si je peux donner l’impression de refaire toujours le même film, j’enrichis avec de nouveaux trucs.

4. D’où te viens ce goût pour ce genre de film ?

Si on parle uniquement en termes de films d’action, ça remonte à l’adolescence. C’était l’époque de Speed, Die hard 3, etc… Je regardais les poursuites en boucle ! C’est aussi à ce moment où j’ai commencé à aller au cinéma par moi-même, pour ingurgiter toute la vague de films catastrophe à la fin des 90’s. Mais j’ai toujours été un grand consommateur de films, du moins tant qu’ils comportaient leur lot de monstres, d’extra-terrestres, de robots, et de super-héros… La faute aux films Amblin et aux Star Wars, que je regardais à l’infini quand j’étais petit. Et c’est comme ça qu’aujourd’hui encore, je préfère regarder Pacific Rim pour la 60ème fois, plutôt que d’aller combler mes lacunes cinéphiliques.

5. Matriarche : pourquoi avoir choisi d’aborder ce thème dans ce court-métrage ?

J’avais le titre, et je savais que ça parlerait d’un braquage (fallait bien justifier une nouvelle poursuite en voitures). Donc d’une manière ou d’une autre, il fallait qu’une maman soit impliquée dans l’histoire. Avec Yvan Georges-Dit-Soudril, mon co-scénariste, on est partis de là. Pour le ton du film, notamment les dialogues entre les deux personnages principaux, je me suis pas mal inspiré de mon comportement avec ma propre mère lorsque j’étais ado. Cette ingratitude caractérisée là… Je connais.

6. Après Indemne et Surrender étiez-vous sous pression pour Matriarche ou plutôt confiant, sachant que vous étiez attendus ?

Attendus ou pas, la pression était énorme. Nos précédents films étaient tous muets, et cette fois il était temps de franchir le cap, se confronter à la direction d’acteurs. Le challenge était davantage dans les scènes dialoguées que dans l’action. Du coup, lors du casting, c’est moi qui stressait… Mais au final j’ai adoré. C’était aussi l’occasion de repousser d’autres limites, comme tourner avec une équipe pro, et des contraintes budgétaires. Grosse expérience.

 7. Quel est ton plus beau souvenir pendant le tournage ?

Je dirais la fusillade en pleine rue. Ça dure que vingt secondes à l’écran, mais c’était une première journée assez géniale. Couper un mec en deux en début de tournage, ça permet de se booster pour la suite.

8. Ta plus grande peur ou moment de stress ?

Le tournage de la fin de la poursuite, qui devait se conclure par le tonneau de la voiture de police… Problème : lors d’un plan d’insert sur une prise précédente, la voiture en question s’est éclatée. La direction était cassée, le véhicule ne roulait plus droit, et surtout ne démarrait plus ! C’était très mal parti, d’autant plus qu’il ne restait qu’une heure de soleil. Tout le monde s’est mobilisé. Les mécanos ont retapé la direction avec les moyens du bord, et on s’est servis d’une autre voiture pour la pousser et lui faire prendre de l’élan jusqu’au tremplin… Il a fallu s’y prendre à trois reprises, la vitesse n’était jamais suffisante. Angoisse maximale, car sans le tonneau, toute la poursuite était bonne à jeter. Même si on a frôlé la catastrophe, ça s’est bien terminé.

9. Vous attendiez-vous à un tel succès ? ( 11 récompenses dont le prix à NY du meilleur réalisateur)

Non, c’est une première pour nous. Heska productions a fait un super boulot de distribution.

10. Matriarche à l’origine devait-être un long métrage pourquoi ce changement ?

Après Surrender, notre précédent court, on a commencé à être approchés par des producteurs. Pour la première fois, faire un long-métrage semblait à portée de main… J’ai donc passé un an à écrire, à comprendre les rouages délicats de la production cinématographique, et à miroiter un truc qui s’éloignait petit à petit. Avec Rémi, on a fini par avoir la sensation qu’on perdait du temps sur quelque chose de trop abstrait, qui ne se ferait sans doute jamais.

On était restés trop longtemps sans tourner, alors on a décidé de prendre les devants. MATRIARCHE est né comme ça, avec une stratégie simple: tourner une grosse scène d’action par nos propres moyens, puis démarcher avec ces premières images. Ça a payé, mais on a décidé d’en faire un court, justement parce qu’il nous restait beaucoup de choses à prouver (comme je l’ai dit plus haut). Et au final, Matriarche nous sert maintenant à démarcher… Sauf que cette fois-ci, ce sera pour du long uniquement, fauché ou non.

 11. Comment s’annonce le nouveau long métrage ?

C’est maintenant que l’aventure démarre vraiment. Depuis maintenant deux ans, on a lancé plusieurs longs-métrages en développement. On met toutes les chances de notre côté, et on verra bien lequel aboutit en premier.

12. L’histoire suit-elle les traces de Matriarche ?

Pas du tout.

13. Ton actu du moment ?

Écriture intensive avec des co-scénaristes géniaux, et création d’INDEMNE Films avec Rémi Leautier. C’est notre structure de production, et on compte bien la faire chauffer cette année !

14. Le film à ne pas rater en ce moment ?

Il faut surveiller de près le premier long-métrage de Jean-Luc Herbulot, « DEALER ».

15. L’acteur à suivre ?

Sans hésiter, tous ceux qui ont participé à Matriarche, même quand ils sont cagoulés !

16. Ton film préféré ?

L’empire contre-attaque. Y’a tout dedans.

17. Un conseil pour les jeunes réalisateurs ?

Trouvez un CDI plutôt.

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MATRIARCHE, c’est bien sur la femme dominante d’une famille, d’un groupe, d’une meute… Mais c’est aussi la mère, celle qui est prête à tous les sacrifices, celle qui endure l’ingratitude caractérisée des siens, sans jamais abandonner. Le film explore les relations mère / fils, par le biais d’un face à face tendu, rythmé de flashs-back qui, une fois assemblés, feront bien évidemment toute la lumière sur l’intrigue.

L.M.L.M.

- STEREOCLIP –

Stéréoclip

Stereoclip est un auteur compositeur et producteur de musique électronique, son style évolue entre deep house et électroacoustique.

Ses productions se caractérisent par un tempo assez lent, des mélodies envoûtantes et un rythme entraînant. Il nous fait découvrir à travers ses morceaux et ses clips un univers bien à lui.

Valeur montante de la scène électro belge il déplace les foules à chacune de
ses représentations

Suivez l’actualité de Stereoclip sur Facebook – L.M.L.M.

- BROOKE FREDERICK –

Brooke is from La Jolla California; a true so-cal girl at heart she has a wild infatuation with nature and going where the wind and sea take her. Doing time abroad in Berlin and Costa Rica she has experienced what much of this world has to offer and isn’t going to let any of it slip past her lens. Some of the most rare of captures have been seen through her eyes as she enters the worlds we dream about, forever imprinting our minds with her film.

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While the majority are stuck wondering how people end up on the streets or frozen on a metal table in a hallway she engulfs herself in these stories. She has a charisma about her, eccentric and enticing with out being overwhelming; she has the ability to bring light to the dark underbellies of any occasion. She can convince girls to stand nude on a center divider of a highway during rush hour so fast that they don’t realize where they are until they feel the wind of the fast lane across their skin.

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While not giving a shit about LA’s art scene she has mesmerized many with her raw approach to documentary style photography. If you meet her, listen while you can, see what’s in front of you and hold on, she will flip your universe on its side and slap you with knowledge only she can obtain through the adventures she pursues.

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Discover her website – L.M.L.M.

- ASSOURDISSEMENT –

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- JESS GOUGH –

L’Inde à travers l’objectif de la jeune photographe anglaise Jess Gough

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- HOLLIE FERNANDO –

SO, IT’S STORMING ON THE LAKE

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"The most important thing I have learnt from stormy moments is coming to terms with the fact you are going to fail sometimes. It builds strength and makes me determined to do better each day."

But my darkest moment was a couple of years ago when I lost all inspiration and love for photography. I went to uni to study it for a degree and absolutely hated the course. I lost all my creativity and felt like giving up my dreams of becoming a professional photographer all together. I didn’t take a photo I liked for nearly a year. In the end I dropped out after the first year and just focused on gaining back my inspiration and ideas. It took a while, as I then had the struggle of finding a job in the field, but eventually I found my way and I definitely think my love for it is much stronger. I am inspired by so much now that I have to collect my overflowing ideas in this little notebook I carry around, it’s great.

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- MONTE VERITÀ –

Le rêve d’une autre vie.

En ce XIXe siècle, l’Europe est secouée par l’arrivée de l’industrialisation qui bouleverse l’organisation sociale. Cette crise est particulièrement ressentie en Allemagne où des signes de rejet du monde industriel apparaissent dès 1870. Ainsi, en réponse à l’urbanisation engendrée par une nouvelle organisation du travail, apparaît le Naturisme.

On tente de fuir la pollution des villes, de créer des communautés et des " cités jardins " pour vivre en harmonie avec la nature. Ceux qui partagent ce point de vue se regroupent bientôt autour du mouvement de Réforme de la vie (Lebensreform, 1892). Le mouvement draine les adeptes du végétarisme, du naturisme, du spiritisme, des médecines naturelles, de l’hygiénisme, de la Société Théosophique, ainsi que des artistes.

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En 1889, Franz Hartmann, astrologue allemand, et Alfredo Pioda, un homme politique local et progressiste, tous deux épris des théories théosophiques sous forte influence hindoue, lancent l’idée d’un «couvent laïc» rassemblant les individus «sans distinction de race, credo, sexe, caste ou couleur». Mais le projet n’aboutit pas.

Onze ans plus tard, il ressurgit grâce à sept jeunes gens de bonnes familles, né en Allemagne, en Hollande, en Slovénie ou au Monténégro, qui débarquent à Ascona, attirés par la beauté du lieu, son climat et d’éventuelles forces telluriques dont l’endroit serait porteur. Ce clan se compose d’Henri Oedenkoven (fils d’industriels fortunés d’Anvers), Karl Gräser (ancien officier de l’armée impériale, fondateur du groupe pacifiste Ohne Zwang, Sans contrainte), son frère, le peintre Gustav Gräser, Ida Hoffman (une intellectuelle féministe) et sa sœur Jeny, Lotte Hattemer (une belle jeune fille aux idées anarchistes, en rupture avec un père qui subvient néanmoins à ses besoins) et Ferdinand Brune.

Sectes spirites, officines nudistes, cercles philosophiques, mouvements féministes, pacifistes, socialistes, libertariens, gourous de l’affranchissement, théosophes, randonneurs en culottes de peau, forment une nébuleuse aux intérêts plus ou moins connexes, que la bande d’Ascona va se charger de fédérer en un lieu alliant douceur de vivre et effervescence utopique. La colline est baptisée Monte Verità, la Montagne de la vérité.

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Le groupe prône l’union libre, l’égalité homme-femme, ils jardinent en tenue légère (voire nus), l’alcool est proscrit, les repas se composent de légumes et fruits crus. Comme souvent, l’idéal est rattrapé par la réalité : après quelques mois de réciprocité des cœurs et d’affranchissement des corps, un désaccord apparaît, notamment entre Henri Oedenkoven, qui envisage l’ouverture d’un lieu de cure, et les frères Gräser. Eux qui se vouent à l’autosuffisance et au troc rejettent cette conversion à l’argent. Monte Verità connaît d’emblée deux tendances : un rêve bourgeois de paradis terrestre bénéficiant du confort moderne (eau, électricité) et potentiellement rentable ; et l’aspiration d’un retour à un état de nature affranchi des calculs d’intérêts.

Oedenkoven qui vit avec Ida Hoffman dépose son projet hôtelier tandis que Karl Gräser s’expatrie avec sa femme (Jeny Hoffman, la sœur d’Ida) et enfants sur un lopin, plus bas sur la colline, sans commodités. Gustav Gräser, plus radical encore, s’installe dans une grotte où il dort à même le sol près d’un feu de bois. En 1904, deux imposantes bâtisses d’inspiration Art nouveau sont édifiés (la Maison centrale et la Casa Anatta) par le couple Oedenkoven et Hoffman, qui permettent d’aménager restaurant, bibliothèque, salon de musique et court de tennis. Dès lors, la réputation de centre de régénérescence de Monte Verità ne va cesser de croître. Jardinage, gym, repas sains («on ne mange pas de cadavres»), repos dans les clairières environnantes où l’on peut prendre bains et douches grâce à des installations éparpillées, discussions sur toutes les idées d’avant-garde (contre la morale patriarcale, pour l’affranchissement des sexes), les curistes de passage repartent après quelques semaines «régénérés», prêts à affronter «l’asile de fou qu’on appelle le monde».

Les autochtones finissent par hausser le sourcil. Ils voient se promener dans les rues des hommes à barbe et cheveux longs, en tunique de lin et sandales, des femmes aux têtes couronnés de fleurs, toutes sortes d’excentricités qu’aggravent des rumeurs persistantes d’orgies forestières, de rites païens en pleine nuit. Ils nomment les curistes les «Balabiott, ceux qui dansent nus ou fous». Dans ce cénacle, on trouve des ouvriers ou des marginaux qui s’acquittent du droit d’être là par quelques travaux mais il y a surtout des personnalités de premier plan : l’écrivain Herman Hesse, les psychanalystes Otto Gross et Carl Gustav Jung, le révolutionnaire Trotsky, les danseuses Isadora Duncan et Mary Wigman, et plus tard toute la clique du Bauhaus. En 1913, le chorégraphe Rudolf von Laban y donne des cours d’expression corporelle. Des photos révèlent des jeunes hommes et femmes en tuniques gréco-romaines sautillant dans les herbages ou se déboîtant le bassin à coups de déhanchements holistiques.

Hermann Hesse séjourne souvent à Monte Verità. Sensible aux philosophies et religions indiennes et asiatiques, il lutte par ailleurs contre la dépression et l’alcoolisme. Il racontera comment à Verità, il aime à trouver un semblant d’équilibre, dormant dans des huttes de feuillage, jeûnant et ne buvant que de l’eau : «Je vivais nu et éveillé, tel un cerf dans son bocage de rocaille.» Il se lie d’amitié avec l’ermite Gustav Gräser, l’homme de la grotte, qui s’est lancé dans une traduction en allemand des écrits de Lao-Tseu.

Autre personnage encore plus perturbé, Otto Gross sème la zizanie à chacun de ses séjours. Son appétit sexuel, sa consommation de cocaïne et son charisme en font un personnage à la fois attirant et destructeur. Il développpe des théories sur le nécessaire rétablissement du matriarcat primordial et sur la complète libération de toute morale dans le champ sexuel. Il incite à la consommation de drogues afin de franchir les caps de la conscience et accroître l’aptitude du corps aux plaisirs. Gross avec Erich Müsham et d’autres envisagent de fonder une école anarchiste au bord du lac Majeur.

L.M.L.M.

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